Name::Miss Klektik From::Montreal, Québec
Pas toujours jolie. Not always flying. Mais toujours cette joie de partager de petits et de grands morceaux de ce moi en deux couleurs. Reborn after a creative literary suicide. View my complete profile
Recyclage de me première demeure. Selon Statistiques Canada, le taux de suicide au pays chez les jeunes n'a pas augmenté considérablement depuis 1996.
C’est l’hiver. Les rues et les trottoirs sont couverts de neige. Je marche jusqu’à la pharmacie en repassant sans cesse mon plan dans la tête. Il fait froid, très froid, mais je suis si loin dans mes pensées que je ne sens pas l’air glacial sur ma peau rougie. Je ne sens plus rien ni à l’intérieur ni à l’extérieur et c’est pour ça que j’ai choisi ce moment. C’est l’instant où tout est parfait pour partir puisque je suis déjà vide.
Je m’achète deux boites de somnifères extra-forts. Je commence à être nerveuse. J’ai peur de ne pas passer la caisse, comme si c’était marqué dans mon front que je voulais toutes les avaler d’un coup pour m'endormir longtemps, pour me tuer. Je repousse mes inquiétudes dans le fond de ma tête et je fais mon plus beau sourire à cette caissière qui donne l’impression d’être sortie d’un vieux film de série B des années 80. Je ne dois pas paraître triste. C’est presque trop facile, elle ne me pose pas une seule question. Elle ne semble pas se douter ce que je m'apprête à faire, je ne suis même pas sûre si elle a regardé ce que j’ai acheté. Tout est dans ma tête en douleurs et en sentiments refoulés. Je n'arrive pas à éteindre ces pensées qui guident chaque pas que je pose sur ce sol glacé.
Finalement. Délivrance. Je retourne à la maison, souriante. Je me sens plus légère. Mon plan va réussir. Je ne souffrirai plus de la bêtise humaine, je ne serai plus une proie pour tous ces hommes. Je m’installe sur mon matelas avec mes pilules. J’écoute C’était l’hiver de Cabrel.
Je remets la chanson encore et encore en pleurant sans me contrôler. Les larmes aux yeux, je repense à tous ces noms, à Kamel surtout que je ne prendrai jamais la peine de changer… Fuck le karma! C’est beaucoup trop pour une vie! Je connais des gens qui ont le double de mon âge et qui n’ont pas vécu la moitié de ce qui m’est arrivé. C’est trop pour moi. J'écris jusqu'à ce que je n'arrive plus à contrôler la pointe de mon crayon. Ma vue est floue. Les larmes inondent mes yeux et mes joues. Tant de larmes. Tant de douleur. Je n’en peux plus. L’enfer n’existe pas. Je dois en finir. La mort ne peut pas être pire que la vie. Avec une vie comme la mienne, l'enfer se trouve sur terre et nulle part ailleurs.
Je prends une grosse inspiration et j’avale toutes mes petites pilules bleues. Ça me lève le cœur. J’ai envie de vomir, mais je dois tout garder à l’intérieur pour que ça fonctionne. Je ne veux pas diminuer l’effet des somnifères, je ne veux pas manquer mon coup. Je ne veux pas m’éveiller.
Tout commence à tournoyer autour de moi. Je sens mon corps s’alourdir, je sens que je vais partir. Pour aller où? Et si l’enfer existait? Et si l’au-delà était vraiment pire qu’ici? Maudite religion catholique! Ça y est, j’ai des remords.
J’appelle le 911 en me traitant de tous les noms. La suicidée qui se dénonce, ce n’est pas fort. Ça sonne. Je veux raccrocher. J’ai mal au coeur. J'ai peur. Je pleure. Mon corps est contrôlé par une série de spasmes. Je ne sais même plus si ce sont l’effet des pilules ou si ce n’est que l'énervement qui s'empare de moi. Ça répond. J’explique ma connerie. La femme à l’autre bout du fil ne veut pas que je raccroche tant que les ambulanciers ne seront pas arrivés. Je suis couchée sur mon matelas et je regarde le plafond tourner. J’écoute. Je fais ma bonne fille. Je donne un signe de vie par un oui ou par un non de temps à autre. Le temps semble s’étirer. Je me sens lourde, épuisée. J’ai juste envie de dormir...
Mais ça sonne à la porte. Les ambulanciers arrivent. Ils me demandent ce que j’ai fait. J’ai avalé deux boîtes de somnifères. Avec quoi? Avec du jus, du punch aux fruits si la précision est nécessaire. Ils se foutent de ma gueule. Ils rient de moi en plein devant ma face. Si je voulais mourir pour vrai, je les aurais pris avec de l’alcool. Je cherche juste à attirer l’attention. Je dois descendre toutes les marches debout toute seule comme une grande fille. C’est ma punition pour ne pas savoir comment bien me suicider. Ça tourne. Il est hors de question qu’ils m’aident. Je ne mérite pas leur aide. Ah ben fuck you! Le voyage en ambulance est long, tellement long! Je ne mérite pas la sirènes ni les lumières. Que j’attende. Je ne crèverai pas anyway parce que je n’ai pas pris ces saloperies de somnifères avec de l’alcool.
À l’hôpital, je ne tiens plus debout. Les pilules font effet, ce n’est donc pas que la peur. Vous allez voir, je vais crever pareil, vous ne me sauverez pas et vous regretterez ce que vous m’avez dit pour le restant de vos jours. Je n’arrête pas de vomir partout. Quelqu’un m’installe dans une chaise roulante. Je ne vois plus très bien. Juste assez par contre pour voir que je viens de gerber sur les beaux souliers d’un des deux ambulanciers. Maudite cochonne qu’il me dit en me donnant un sac en plastique. J’ai à peine le temps de me féliciter que je sombre dans le noir le plus total...
Je m’éveille tranquillement. Où suis-je? Je veux me lever, mais je n’y arrive pas. Mes pieds et mes poignets sont liés. Je suis attachée à un lit d’hôpital. Je prends conscience de chaque tube qui entre dans chaque orifice de mon corps. Je suis la femme biomécanique de H.R. Giger.
Une jeune femme à l’aura angélique s’approche de moi. Ça doit être une infirmière. Elle m’explique d’une voix douce que mon coeur a cessé de battre, qu’ils ont du me brancher à toutes ces machines. Il n’y a plus rien qui se passe dans ma tête quand je vois que l’infirmière tient quelque chose dans sa main. Je veux savoir ce que c’est. Je m’en sacre d’être passée à deux doigts d’y rester. C’est du charbon afin de nettoyer mon estomac. Elle me l’envoie à travers un des nombreux tubes qui pénètrent mon intimité. Un goût de goudron visqueux et froid traverse mes narines, ma bouche, ma gorge. Je le sens couler tout doucement. C’est dégoûtant. Je suis bel et bien en vie. Un rappel dont je me serais passé.
Les secondes deviennent des minutes, les minutes deviennent des heures et le psychiatre m’accueuille dans son bureau. Non, promis, je ne recommencerai plus. Oui, je comprends l’ampleur de mes gestes. Oui, je sais, la vie est précieuse. Je sais que j’y suis presque restée. Je fais ma nunuche, ma petite fille parfaite qui regrette. Ça marche. Je m’en sors avec un plan d’action sur papier complètement stupide, aucun suivi. Je réussi à sortir facilement et je suis assez fière de moi. Si je disais tout ce que je pensais, je ne pourrais jamais circuler dans le vrai monde.
Posted by Miss Klektik ::
22:00 ::
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