Le Monde de Miss Klektik - Part Deux


mardi 26 août 2008

Tuer Miss Klektik

"Pourquoi pas?" me lançait NYC Girl ce matin entre deux lampées de son latté écrémé.

Assassiner le personnage. Me dévoiler. Vous laisser me déchiffrer entièrement, tranquillement. C’est comme fournir le code pour lire un message secret. M'ouvrir au monde entier. Ne plus me cacher. Et si le retrait de ce qui me garde à l'écart me permettait de vivre une relation particulièrement sincère avec vous?

Tout est pourtant une question de trace alors que Google disperse mon nom complet pour former une identité que je ne voudrais pas voir alourdie de mes écrits de nuit. Il ne suffit que d'une rapide consultation des archives pour mesurer l'impact d'une telle décision. L'éternelle vulnérabilité face au jugement des autres et leur regard aussi pesant que le plus lourd des silences. Sans mon anonymat, saurais-je écrire?

Je me souviens encore des yeux du cousin quand il m'a dit "Je t'ai vue à Canal Vie!" De son rire gêné. De sa gorgée de bière démesurée. Puis de sa demande candide... "Ne me fais plus jamais ça, ok?"

En fait, mon anonymat est surtout pour les autres. Pour leur éviter les connaissances que j'ai acquises et qui constituent le baluchon aux couleurs variées que je traîne sur mon épaule. J’ai appris que parfois, les gens ne veulent pas savoir. C'est pour ma famille qui ne saurait que dire. Pour l'amoureux, car je sais que nous n'écrivons pas toujours du même endroit et je n’ai pas son lectorat (pourquoi le mien me semble fort moins exigeant?). Pour ma vie professionnelle qui serait affectée, peut-être même ma crédibilité. Il ne suffit que de voir Nelly Arcan et les pièges intellectuels qu’on lui tend afin de lui retourner l’image de la médiocrité de la putasserie ou de la pute médiocre. Car il sera toujours plus facile de croire que les gens qui touchent au tréfonds de la société s’y sont rendus pour une raison. Imaginez alors qu’elle est universitaire, quel sort m’attend sur la place publique?

En jonglant avec ces deux identités qui m'appartiennent maintenant, je suis devenue une victime de mes compartiments. À tout vouloir séparer, voilà maintenant que je réalise que mes réalités ne se toucheront pas sans choc.

"Aujourd'hui, ce n'est pas Miss K qui a écrit." Ce n'est pas moi qui l'ai dit. Un jour peut-être oserai-je me défaire du rôle pour véritablement perdre le contrôle. Mais je ne tuerai pas Miss Klektik aujourd'hui.

Posted by Miss Klektik :: 12:12 :: 11 commentaires
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