Name::Miss Klektik From::Montreal, Québec
Pas toujours jolie. Not always flying. Mais toujours cette joie de partager de petits et de grands morceaux de ce moi en deux couleurs. Reborn after a creative literary suicide. View my complete profile
Visiter des appartements, c'est lovely. Téléphoner pour dénicher la perle rare qui a tous mes critères et ceux de l'amoureux, ça commence à être laborieux. Peut-être pourrais-je aussi, comme d'autre losers pathétiques sur Kijiji, lancer un avis de recherche sur le web pour trouver mon dream come true avec une salle de bain et demie?
Jeune professionnelle (le secrétariat demeure une profession quoiqu'on en dise) et son amoureux-travailleur-autonome-auteur-best-artist-of-the-year (vous remarquerez ici qu'aucune blague de mauvais goût quant à l'âge de l'homme n'a été insérée) cherchent un appartement pour juin avec plus ou moins un mois de flexibilité quant à la disponibilité souhaitée. Ces locataires modèles sont non-fumeurs et sans animaux, mais un garçon de 8 ans en crise de pré-adolescence partagera les lieux avec le couple idéal. L'appartement se doit donc d'être un 5 ou 6 pièces afin d'offrir au nouveau couple une pièce servant de caverne ou de retraite silencieuse (en fonction du sexe qui utilisera l'environnement) dans les moments où le besoin de solitude prendrait le dessus sur leur envie d'amour. Si le logement était sur deux étages, ce serait encore mieux, mais les deux tourtereaux pourraient se contenter d'une jolie terrasse avec une vue sur le Pont ou autre structure intéressante de la ville pour compenser. Ce trio est fort tranquille, sauf en certaines occasions. Il peut arriver, à des périodes indéterminées et à toute heure de la journée, que des sons aigus puissent sortir du cadre vitré de la maisonnée. SVP veuillez les ignorer et ne pas dévisager la jolie demoiselle lorsqu'elle sort le matin en souriant trop fort. La région est primordiale. Rapidement attachée à son nouveau quartier, la jeune demoiselle refuse systématiquement de changer son titre de citoyenne de Ville-Marie. De plus, elle cherche à rester dans le quadrilatère qu'a déterminé la commission scolaire pour que son fiston puisse continuer d'étudier à l'école actuellement fréquentée.
...Finalement, je crois que je vais continuer de chercher.
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mercredi 25 février 2009
Folle
Je lis Folle comme on lit Putain. Rapidement, sur le bord de l'essouflement. Du coin de l'oeil, je remarque un homme qui m'observe avec intérêt. Penché vers l'avant, le menton entre ses mains, il fixe mon visage qui s'obstine à demeurer de glace devant les mots de mon bouquin usagé.
Je ne sais pas pourquoi je retrouve l'Amant dans le Français, mais j'ai pensé lui offrir le bouquin en guise de funérailles. Probablement qu'il me soulignerait leurs différences avec un marqueur noir pour masquer la possible corrélation. Probablement qu'il y verrait un signe d'intérêt, une démarcation entre notre relation virtuelle platonique et ses souhaits de nouvel an d'entretenir comme jamais auparavant ses amitiés superficielles. Allez savoir, nous nous sommes jamais réellement compris lui et moi. Il était le réservoir de mes souffrances alors qu'il se considérait l'ami bienveillant. Je n'arrive pas à me rappeler un seul instant la concordance de nos perceptions.
Je tiens d'une main mon plus récent récit d'amour. Quelques lignes encore. Je le dévore, je tourne la couverture et je dépose le vieux bouquin sur mes genoux. Être est probablement je verbe le plus complexe de la langue française, car même dans son action il peut y avoir des jets de déraison, des tremblements puissants pour détruire les fondations et de constantes remises en question. À la fin de ma consommation rapide, je m'émerveille davantage devant la faculté de dissociation de mon amoureux quand vient le temps de mettre côte à côte ma personne et mes récrits. Entre ce que je suis et ce que j'ai été, ce qui m'a construite et comment on m'a démolie : il y a tout un monde de nuances que peu de gens ont compris. À coups d'invitations refusées et de suggestions repoussées, au-delà des lignes brouillées que j'aime servir à toute heure du jour, il a su saisir la vérité.
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lundi 23 février 2009
I.D.
Je devrais probablement faire la synthèse de vieilles notes oubliées. Ou alors prendre un verre pour mieux relativiser. La douleur était différente alors. Elle se consommait, elle se dessinait, elle se manipulait, elle s'arrachait, elle se coupait. Je contrôlais sa sortie. Des bulles rouges indépendantes glissant sur ma peau blanche comme ce vin qu'elle et moi avions partagé une fois... Parfois, elle se croisaient dans une courbe, parfois elles se joignaient pour accélérer leur descente vers l'attraction impardonnable. La sensation me manque, mais l'action traduit une évidence que je ne saurais pas cacher comme jadis, aujourd'hui.
Le reflet est toujours difficile dans son ensemble quand on déteste les contours. À la petite école, on me disait que l'on devait aimer ses deux parents. Je les ai aimé les deux, mais jamais au même moment. C'est peut-être ce qui me sauvera au bout du compte.
C'est un combat perpétuel de différenciation. Cette volonté infatigable de vouloir ressembler à rien ni personne. Surtout pas à eux. D'oser faire les choses selon sa propre perception, même lorsqu'elle soulève bien des questions. Comme cette image ancrée. On m'accorde à tort la pensée utopique de l'amour imperturbable. Je veux marquer ma vie sur mon corps comme je le faisais avant, autrement. Laisser les grands passages de ma vie visibles de l'extérieur. Aller raconter ça ailleurs, ce serait ouvrir mon âme comme je le fais ici, ce serait accepter ma vulnérabilité face au monde entier en abandonnant mon armure pauvre et en laissant le pouvoir de la première action à l'autre.
C'est tout de même étrange cette solitude tant convoitée, qui devient à certains moments une barrière dans sa propre quête d'identité. À force de se reconstruire sous les coups, on finit par se demander qui on est, ce qu'on devient et finalement on n'est que le support de nombreuses histoires inconcevables, un véritable livre ouvert.
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dimanche 22 février 2009
Première fois
Mon choix s'est arrêté d'instinct sur Derm-Fx malgré les quelques recommandations reçues sur Twitter, Facebook et dans mon entourage qui n'adhère pas encore à la vie numérique. Je tends à privilégier les commerces de mon quartier autant que possible.
Je vais être honnête avec vous, j'avais la trouille. C'est probablement pour cette raison que j'ai choisi une femme avec des airs subtils de Scarlett Johansson quand j'ai pris mon rendez-vous. J'ai tout de même regardé ses tatous antérieurs. L'idée étant d'avoir l'air de savoir ce qu'on fait, un minimum.
Mon orgueuil a été frappé de plein fouet quand, après quelques lignes de contour noir, la pièce s'est mise à valser. J'ai soudainement eu trop chaud et le coeur au bord des lèvres, j'ai demandé un temps d'arrêt. Ma tatoueuse a alors été assez sweet pour me dire que c'est normal. Nous avons jasé un peu le temps de sa création. C'est quand on le retrouve sur soi qu'on réalise que la tatou est vraiment un art. C'est pourtant une discipline que plusieurs semblent méconnaître.
Mon gars, accompagnateur du jour, a discuté avec le personnel de l'endroit et a réalisé que ses talents de dessinateur pouvaient peut-être un jour le mener vers une profession de tatoueur. "...Quand tu auras terminé l'école." Je n'ai pas su empêcher un sourire se former sur mes lèvres.
J'ai maintenant une partie de mon bras en photo dans le portefolio d'une dénommée Patricia sur la rue Ontario. Si vous voulez un tatou, je vous conseille l'endroit et l'artiste : sympathique, agréable, créative et professionnelle. Tout ce dont j'ai eu besoin pour endurer l'heure et demie assise sur la chaise sans trop bouger.
Comme Panique, j'ai aussi été chez le coiffeur. Si vous vous demandez pourquoi, c'est simple. C'est en prévision du Yulblog de mars. Vous voulez voir ma tête inspirée de Jennifer Tilly et mon tout premier tatou? Il faudra donc être présent à la Quincaillerie, le 4 mars prochain.
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lundi 16 février 2009
Il s'appelait Martin
Mais qui est-il?
Sa voix tremble de rage. Il a de l'incompréhension dans le coin des yeux, un signe d'abandon. J'ai un serrement de gorge, un renversement de l'estomac.
Il s'appelait Martin...
Un lourd silence. Le temps d'un retour en arrière. Quand Martin m'a pris la main sur Dressed in Black pour me dire de tout quitter ce qui qualifiait ma vie pour partir avec lui. Recommencer à zéro dans d'autres circonstances. Ne plus jamais manquer de quoi que ce soit. J'ai refusé sans trop hésiter. Dans mes souvenirs, il y a même un rire condescendant, mais tout ça est si loin maintenant.
Grand et blond. Il aimait Depeche Mode et il travaillait avec les ordinateurs.
Quand le documentaire a été diffusé, j'ai cru qu'il nous avait retrouvés. J'avais alors raconté l'histoire de toi, de moi et d'un donneur involontaire. La maison de production avait reçu plusieurs appels d'un homme qui tenait par tous les moyens à me contacter. Une lettre m'était destinée et ils me l'ont transmise sans m'en dévoiler le contenu. Je me souviens encore de ces jours d'attente à me demander si c'était lui. Quelle déception d'y lire un homme qui croyait être tombé amoureux de moi à travers un montage qui ne montrait qu'une partie de moi : la libertine.
Il est parti avant de savoir que tu existais. J'aurais pu... Enfin. Je tenais à te donner la vie.
Je m'excuse. Je ne suis pas désolée comme je l'ai dit tant de fois sans prendre la responsabilité. Je suis désolée, la phrase clé du service à la clientèle pour désamorcer le client enragé, je ne te la servirai pas ce soir. Je croyais qu'à moi seule, j'aurais assez d'amour à te donner. Mais l'être humain est plus compliqué qu'un chat.
Tu t'es bien occupée de moi, maman.
Je souris en te serrant dans mes bras. Flash. Le test positif sur le bord de la toilette du Van Houtte à quelques commerces de l'emploi que j'occupais. Flash. L'avortement, six mois avant. Flash. L'Égyptien, rencontré par hasard, qui me confirme son groupe sanguin à travers son écran. Flash. Le sentiment de connaître enfin qui est ton père quelques mois après ta naissance. Flash. Flash. Flash.
Une vie, la tienne, défilant devant mes yeux comme si j'allais mourir. Épuisée, je tombe sur mon lit. Tu me dis que c'est moi qui ment de tes yeux qui me dévisagent. Je sais, chéri. Je cache la vérité derrière mes réponses incomplètes. Mes yeux ont tant retenu de larmes que je ressens une douleur atroce. Mais je ne saurais pas comment faire autrement.
La question était vaine, je le savais. Mais je persistais à soutenir son regard endormi alors que je me trouvais en sous-vêtements devant lui, les mains sur les hanches et les cheveux en bataille. La tête légèrement penchée sur le côté, l'évidence même du mensonge imposant sa présence à la commissure de mes lèvres.
- Fuck les sushis!
Évidemment, il ne l'a pas dit. Ce n'est pas qu'il soit aussi politically correct que vous le croyez. C'est plutôt une question de mettre les mots en images. S'il réussit parfaitement ses manoeuvres littéraires, il sait aussi bien prendre action lorsque nécessaire. Le regard défiant mon self control, il a simplement jeté d'un unique mouvement tout ce qui se trouvait entre nous pour me dévoiler son amour grandissant.
- Tu es belle. Veux-tu être ma valentine?
Comment aurais-je pu résister? Alors je l'ai embrassé. Je lui ai répété comme je l'aime entre deux baisers bien placés. Et nous avons passé tout le week-end ensemble, avec nos horaires inversés, à se lover dans le confort de son foyer.
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jeudi 12 février 2009
Mon billet de St-Valentin
La ville et les gens à travers ses yeux, c'est un coup de foudre assuré. Je me souviendrai toujours de mes vaines interventions face au phénomène, impressionnée. Ça prend parfois de la volonté pour se faire remarquer et quelques pintes de blonde bon marché pour oublier l'existence de l'orgueil malmené. Puis, évidemment, il y a le souvenir de ce moment de rapprochement imprévu sur le coin d'une table où, un soir trop arosé, je me suis encore dénudée trop vite. J'ai pourtant écrit une autre histoire ce soir-là, aveuglée par le manque de scénarios possibles, je me suis créé une drôle d'opportunité dans l'éphémère. Comment aurais-je pu deviner que ses yeux s'étaient accrochés aux miens sans même avoir bifurqué vers le decolleté? Légende urbaine ou vérité, même après plusieurs mois il m'est impossible de le déterminer.
Les rues, il les connait comme personne pour les avoir parcourues pendant tant d'années. Celles que j'ai maintes fois marchées, il en connait tous les secrets. Comme il connait les miens. Peut-être même qu'il se trouvait près de moi quand, adolescente, j'ai fuis la demeure familiale. Ça me fait drôle rien que d'y penser. De m'imaginer que ce chauffeur sur Ste-Catherine qui semblait me protéger du regard contre les vautours du quartier, c'aurait pu être lui. Je sens ce même lien inexpliqué quand il force mes yeux à contempler les siens. On y trouve à l'intérieur toute la compassion et l'empathie dont l'humain est capable. Une compréhension aussi, plutôt unique, basée sur des impressions toujours justes sans besoin d'explication. Comme s'il détenait le clé de tous les mystères humains, la faculté de percer en un court laps de temps la personnalité profonde de son interlocuteur. C'est aussi fascinant que la confiance qu'il inspire.
Il possède la force de l'homme et la douceur qui lui est propre. Une sensibilité virile et masculine que je n'avais jusqu'alors jamais rencontrée, trop occupée à chercher une balance entre l'homme et la femme dans une plus grande complexité. Mais mon amoureux est aussi simple que l'amour qui nous unit. Plutôt zen, comme il le dit. Et c'est de tout ce qu'il est que naît ma liberté.
Cependant, l’apogée de l’amour que je ressens pour mon amoureux se traduit ailleurs. C’est encore la nuit que se reproduisent Euphorie et Volupté, à l’insu du reste du monde… ou presque. Tout d’abord l’effleurement. Adoucir l’existence et chasser les défauts qui restent anormalement collés à la peau. Ses doigts affirmés sur mon corps, mêlés aux tendresses qu’il me lance sans réfléchir, accentuent l’extase des premières minutes. Il est de ce genre d’homme qui, au fil du temps, se perfectionne et devient de plus en plus amoureux. Je peux m’abandonner complètement, le dos arqué; je sais qu’il est là, les yeux rivés sur mon corps. Je me laisse doucement imprégner de son odeur, de sa chaleur et il me guide de ses talents particuliers. Il écoute, il ressent. Dans le silence, il est le meilleur navigateur. Il saisit chaque occasion, délice et intensité, pour l’amener encore plus loin... irrésistible! La jouissance devient inévitable. Il est maintenant l’initiateur de mon déluge et le gardien de mon plaisir. Et lorsque mon corps s’affaisse de cette puissante exultation, je réitère, haletante, mon amour sans condition. C’est souvent à ce moment qu’il continue de tracer les courbes de mon corps jusqu’à ce je tombe endormie.
Le lendemain, lorsque je m’éveille à ses côtés ou avec son appel alors que lui va retrouver Morphée, l’histoire se répète. Je tombe à nouveau sous son charme, je suis séduite et j’abdique volontiers devant tout ce qui me fait l’aimer. C’est mon quotidien, une routine dont je veux bien.
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mardi 10 février 2009
Des souris et des zomes
On valorise le libre-échange alors que l'on installe des barrières. « Faites partie du cercle, mais ne le brisez surtout pas! » On a peur d'être comparé alors que s'offre à nous une confrontation directe avec une communauté sans limite. Nous avons les moyens d'approfondir notre connaissance des autres : apprendre, connaître et découvrir. Et si l'objectif derrière cet exercice était celui de se dépasser? Et si, par un classement d'influence, nous avions la possibilité d'offrir une porte d'entrée différente que celle offerte par Gesca et Québécor? Un accès différent pour apprivoiser la blogosphère et le Web?
On tire la couverture chacun de notre côté. Orgueil et jalousie. Nous nous demandons si le cirque qui s'est déroulé devant nos yeux ces dernières heures en est un d'élitisme ou de victimisation. Pourtant, les claviers se seraient contentés d'autres sujets si la radio n'avait pas parlé du Web. Nous n'aurions pas eu cet échange. Échange que nous tenons tous chacun de notre côté de toute façon, braqués sur nos positions.
Est-on en train de vouloir imposer un mode d'emploi, une éthique galvaudée de la blogosphère? Si chaque tentative de rapprochement est constamment critiquée, nous ne serions pas surprises que nous soyons mis de côté. Il faudrait peut-être y voir que les médias traditionnels nous acceptent. Que si nous avons aujourd'hui ce pouvoir de séduction, cette influence indéniable pour certains, c'est évidemment parce que ces médias que l'on rejettent trop rapidement du revers de la main, se sont d'abord intéressés à nous.
Quand j'étais petite, mon père s'immiscait dans mes relations. À l'intérieur de celles-ci, j'entendais son souffle et leurs caresses devenaient siennes. Ça m'a pris des années à me battre contre son fantôme alors qu'encore présent, il me reniait plus fort. Quel soulagement, même pas trentenaire, et le savoir enfin hors de ma chambre à coucher.
Pourtant, dans les récents déplacements de l'autre, je me découvre des vertiges d'une ancienne vie. Celle qui a suivi, celle qui semblait m'avoir libérée. La vie est donc ainsi pleine de fausses apparences. Ou peut-être qu'à trop vouloir compartimenter les expériences, elles finissent par s'entremêler. Quand il vient chez moi, c'est au milieu de la nuit, caché par l'épaisseur de l'obscurité. Le rituel que je m'impose avant de le laisser entrer est sensiblement le même. L'eau qui ruisselle sur mon corps et la lame qui passe sur une peau déjà épilée. Le pouvoir me manque alors que les vestiges de la sensation me dévorent. Il y a l'amour qui se fait comme il se dit. Trop semblable, mécanique. Il n'y a que l'orgasme qui me rappelle ma propre vérité. Les minutes indépendantes deviennent ma plus jolie séparation. Je me bats pour l'éloigner des réalités qui ne lui appartiennent pas, des réalités qui n'existent plus. Je me bats contre un moi qui me manque et me dégoûte, un moi qui m'impressionne et qui m'emprisonne.
Il y aura eu trop de débiles sur les routes ce week-end pour me permettre d'en retirer quoi que ce soit. Une image de conversation n'aura pas réussi à éloigner les soupçons. Rien ne me sert de tenter de retenir l'impossible quand la ville a besoin d'entendre son klaxon pour se mouvoir. C'est alors que, seule dans le noir, je n'arrive plus à trouver ma place et je perd le sommeil.
Prise d'un vide incomparable, je regarde les heures gaspillées s'accumuler. Je me demande si toutes les femmes se reconnaissent autant dans les films de Woody Allen ou si ce n'est que moi. Je me demande si je peux tenir Patrick Senécal personnellement responsable. De son bouquin Le Vide, ces monstres qu'il dépeint et que je connais tant. D'apprendre comme on le lit, en l'écrivant différemment. D'abdiquer devant une retenue superficielle et de vomir mes tripes sur la place publique une fois de plus. D'aimer d'instinct, distinctement.
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samedi 7 février 2009
Missed the girls
J'ai poussé la porte, fébrile. J'avais enfin l'occasion de retourner dans ce bar de quartier que j'ai adopté après ma rupture d'avec Lucie. Même barmaid, même look d'enfer. Elle portait encore sa camisole blanche. Ses cheveux lui tombaient en mèches blondes sur son visage. Elle avait les épaules nues et je me sentais prise en otage. Elle s'est penchée vers moi jusqu'à ce que je sente son souffle sur ma joue. Suivie de sa voix féminine qui nous demanda « Cosmo, les filles? » sans me quitter du regard. J'avais de la difficulté à m'en détacher. Je savais pourtant qu'elle stimulait son pourboire, mais l'idée de la ramener chez moi faisait son chemin malgré moi. Si je l'invitais au resto du coin pour déjeuner, je pourrais très bien m'en tirer. Jouer à la célibataire sans enfant une fois encore. Juste une fois. Saisir le présent et ses seins par la même occasion. Exorciser le démon qui me fait multiplier les raisons d'aller la saluer de façon régulière. Une amie me voit me mordiller la lèvre inférieure. « Ça te fait mal de venir ici? » Je lui ai répondu l'évident « Aucunement. » Je suis retournée plus douce qu'à mon habitude vers mon repère de 1925. Et, en attendant mon amoureux que je venais à peine de téléphoner, j'ai pris le temps d'écouter le dernier The L Word en sous-vêtements. Question de me rappeler que tous les moments passés à me torturer ne font que me permettre de reconnaître que l'amour et la fidélité demeureront toujours des choix à faire... et refaire.
Parfois, ma patronne me donne des missions quand la sonnerie du CTU fait vibrer son téléphone. Tout se trouve quand on a la dextérité manuelle d'une lesbienne. L'impossible informatique aux yeux des néophytes. Je deviens vite la Chloe de Jack.
Aujourd'hui, nous nous sommes donné un nouveau rôle. Elle était journaliste expéditrice (avec un faux accent, c'était plutôt marrant) et moi, caméraman anarchiste pour capturer en images les propos d'un homme respecté dans notre domaine d'activité. Quelque part ailleurs, on l'appelle Grand-Papa Bi alors vous comprendrez que j'avais dès le départ un amour sans retenue pour lui.
Mais par dessus tout, je suis Ugly Betty. Douce, gentille et un peu naïve. Travaillante acharnée, dévouée et ambitieuse. Un peu plus jolie par contre. Ma patronne est Daniel Meade. Il lui arrive parfois de se promener en dessous des bureaux pour se cacher d'une personne qui ne comprend pas immédiatement son mode de vie. Et moi, j'ai cette tendance à tout remettre en question (surtout l'autorité) comme si je pouvais changer à moi seule un monde politique de mon coin de bureau fort peu ergonomique.
Ces temps-ci pourtant, prise dans un tourbillon de désillusions, je n'arrive plus à recentrer mes énergies. Paula m'a dit que ce sont sûrement mes seins qui n'ont pas les mêmes proportions ou alors le début d'une otite qui me fait perdre mon équilibre. Je crois que c'est plutôt le noble de ma mission qui s'efface et les discours qui n'ont plus la même résonance en mon for intérieur. Je cherche alors la solution entre davantage de travail à la maison, transformer mon milieu de travail en une scène pour du théâtre d'été (après tout, nous sommes tous des acteurs de niveaux différents) ou alors simplement un renvoi à ce qui motive mes ambitions... et ce qui les freine.
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lundi 2 février 2009
La haine qui m'habite - un an trop tard
Il y a de cela plusieurs années, une étrangère me fit remarquer que je savais exprimer toutes les émotions sauf une. Un seul sentiment me rongeait de l'intérieur lorsqu'il faisait bouillir mon sang : la colère. Associée à la faiblesse, à la perte de contrôle de soi ainsi qu'à des scènes d'épouvante de mon quotidien, je ne pouvais jamais traduire en mot l'ampleur de ma rage. Souvent extériorisée en sanglot, ma colère finissait toujours par trahir cette faiblesse devant les autres que je tentais de cacher. Aujourd'hui encore, ce sentiment perdure. Si j'étais guérie, j'écrirais de cet objet quelques mots à l'ancien amant qui désire me le vendre. “Que dirais-tu de m'en faire cadeau?” et j'ajouterais de mon plus joli sourire avec le décolleté planifié hurlant la présence d'un push-up bra face à sa tête confuse “Tu sauveras ainsi 50$ sur la moitié du montant déboursé pour l'enfant dont on ne voulait pas, après m'avoir spécifié que tu ne baisais pas dans un tube en caoutchouc, toi.” Et s'il s'en offusquerait, je pourrais prétendre à la blague ou à un problème de communication issu de son incompréhension. Mais voilà, on ne fait pas ça. En fait, c'est moi que je déteste de l'avoir jadis écouté. Comme si ma sexualité était l'otage de ses propres désirs. I should have known better. Je dirai que c'est pour ne rien lui devoir et je paierai le montant souhaité en me demandant combien de temps encore je saurai jouer la comédie sans vraiment comprendre ce qui me pousse à le faire. Et pourquoi, dans ma vie, ce sont ces instants noirs qui forment les meilleures possibilités d'apprentissage. M'en trouverai-je un jour grandie?
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dimanche 1 février 2009
L'avant définitif
Il s'est perdu sous les draps et ailleurs. Le temps s'étant arrêté, je fermai les yeux. Mes paupières comme une barrière entre sa perspicacité et mes mensonges. Je ne voulais pas lui dire alors ce qui hantait mes pensées. Comment dit-on qu'on s'amuse ainsi à vouloir provoquer le destin par ses silences? L'ultime démonstration de la faiblesse et de l'indécision.
Il n'y aura pourtant aucune déception lorsque l'irréversible se sera enfin prononcé. Pour les désirs quotidiens, l'irrévocable deviendra la nouveauté tant appréciée. Quelques mois encore à me questionner. Vouloir à tout prix jouer avec le feu pour me sentir vivante à travers mon insanité. L'idée saugrenue de laisser pour lui ce surplus improvisé rapidement effacé dans le coin d'un oeil avant un baiser. Là où je trouve toujours le point de départ de ses vérités.
Je tournais sans cesse sur le même évènement, sur la même décision. En attendant de me faire imposer un choix qui m'accomoderait. Celui qui m'inspire dorénavant plus que tout dans les ébats impromptus de ces samedis soirs. Celui qui me redonne le pouvoir de féminité dans la vie à deux et d'infimes possibilités quant à ma carrière à construire. Redécouvrir grâce à son amour que la femme n'a pas qu'un seul medium de création.
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